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Analyse d’un poème

21 Oct

Le matin du monde

Alentour naissaient mille bruits
Mais si pleins encor de silence
Que l’oreille croyait ouïr
Le chant de sa propre innocence.

Tout vivait en se regardant,
Miroir était le voisinage,
Où chaque chose allait rêvant
A l’éclosion de son âge.

Les palmiers trouvant une forme
Où balancer leur plaisir pur
Appelaient de loin les oiseaux
Pour leur montrer leurs dentelures.

Un cheval blanc découvrait l’homme
Qui s’avançait à petit bruit,
Avec la Terre autour de lui
Tournant pour son coeur astrologue.

Le cheval bougeait les naseaux
Puis hennissait comme en plein ciel,
Et tout entouré d’irréel
S’abandonnait à son galop.

Dans la rue, des enfants, des femmes,
A de beaux nuages pareils
S’assemblaient pour chercher leurs âmes
Et passaient de l’ombre au soleil.

Mille coqs traçaient de leurs chants
Les frontières de la campagne
Mais les vagues de l’océan
Hésitaient entre vingt rivages.

L’heure était si riche en rumeurs,
En nageuses phosphorescentes
Que les étoiles oublièrent
Leurs reflets dans les eaux parlantes.
J. Supervielle, Gravitations

Identifier la forme du texte, sa versification
1. Les vers sont des octosyllabes. Les rimes, assez peu régulières, sont croisées, mais ce sont le plus souvent des assonances (répétition de la dernière voyelle accentuée comme homme et astrologue). Les strophes sont des quatrains et il y en a 8. C’est une stance.

2. Les « e » muets à prononcer : mille, oreille, nuages, frontières, vagues, nageuses, étoiles. Les dié¬rèses : ou-ir, éclosi-on.

3. Si l’on observe le texte avec attention, on s’aperçoit que chaque quatrain est terminé par un point : il constitue donc une unité. Si l’on regarde de plus près, on remarque que dans chaque strophe, il est question d’éléments différents regroupés autour d’une même notion, qui est le début : naissance des bruits, la découverte par le regard, les arbres et les oiseaux, l’homme vu par le cheval, le cheval, les femmes et les enfants, la définition des limites de la terre et de la mer, la beauté irréelle du moment. Par ailleurs, comme pour souligner l’unité du poème, les rimes sont souvent proches ou semblables bruit/ouïr/bruits/lui; regardant/rêvant/chants/océan/ phosphorescentes/parlantes; homme/astrologue/forme.
2. Repérer et identifier les différents
procédés lexicaux
1. Le titre est une métaphore : Le matin du monde suggère la création du monde aussi bien que l’aube. On dit aussi l’aube du monde pour désigner sa nais¬sance. Cette métaphore oriente vers l’observation de plusieurs champs lexicaux qui se complètent et se répondent : celui du commencement, celui de l’homme, celui de la nature.
2. Le champ lexical du commencement comporte de nombreux termes évoquant le début : naissaient (v. 1), éclosion (v. 8), trouvant (v. 9), montrer (v. 12), découvrait (v. 13), passaient (v. 24), traçaient (…) les frontières (v. 25), hésitaient (v. 28). Tous ces termes (au moins un par strophe) sont complétés par des termes qui soulignent moins directement le commencement mais s’y rattachent : encor (v. 2), innocence (v. 4), différentes actions de découverte ou de rencontre.
Le champ lexical de l’homme regroupe tous les ter¬mes faisant référence à l’activité humaine et dési¬gnant les êtres : (homme), au singulier, et son arrivée ; les femmes et les enfants, en cours de for¬mation, passant de la non existence (ombre) à la vie et à la lumière (soleil).
La nature enfin est prédominante puisqu’elle appa¬raît et se développe tout au long du texte, à travers les références au règne végétal, au règne animal
et à ses éléments premiers : palmiers (v. 9), campagne (v. 26), oiseaux (v. 11), cheval (v. 13), mn coqs (v. 25), la Terre (v. 15), plein ciel (v. 18), nuages (v. 22), océan (v 27), rivages (v 28), étoiles (v. 3. Tous ces éléments sont rapprochés par de nombreuses figures d’analogies, qui soulignent les similitudes de situation : voisinage/miroir, l’éclosion de choses, personnification des palmiers, du cheval des vagues et des étoiles, le coeur astrologue, la comparaison des femmes et des enfants à des nua¬ges, l’action de tracer des frontières par des chants, le rapprochement heure, rameurs (souligné par les sons). L’effet général produit est une insistance sur la notion d’ouverture, de début, de découverte : tout est sur le même plan ; dans l’univers de Supervisée, les animaux, les plantes, l’homme et le monde vivent dans une fraternité heureuse, comme si leurs carac¬téristiques, leurs qualités, leurs actions, leurs senti¬ments mêmes étaient similaires.

3. Élaborer une lecture méthodique
Tous ces repérages, toutes ces observations peuvent conduire à organiser une lecture méthodique du texte autour des éléments suivants : – l’expression d’une création : le titre, la structure du poème, les champs lexicaux dominants. – une découverte progressive et réciproque : le vocabulaire de la découverte, les analogies, les métaphores entre les différents éléments.

1. – la mise en évidence des liens entre l’homme et l’univers : les personnifications, l’application du vocabulaire humain aux animaux et aux plantes, l’expres¬sion de la compréhension et de l’unité

 
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Publié par le 21 octobre 2011 dans Non classé

 

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